Les ingrédients de la recette Marvel

19
Avr
2015

Dans un premier billet, je démontrais que les films de Marvel ont du succès, si on les compare financièrement à ceux d’autres franchises de superhéros. En recoupant plusieurs informations, on peut cerner certains ingrédients à la recette Marvel.

Le respect des fans est le premier de ces ingrédients qui émerge de plusieurs sources. Kevin Feige, le président des studios Marvel, insiste que les films doivent d’abord plaire aux fans, ceux qu’il appelle les loyalistes. « Si vos loyalistes rejettent votre film, il est probable que tout le monde le fasse aussi. » (Référence) Ce respect impliquera aussi une proximité avec les fans. Lors de lancement de films, Kevin Feige prendra la peine de signer des autographes. À l’automne 2014, lorsque Marvel a annoncé les films de sa phase, le studio a réservé un théâtre où des fans étaient conviés en plus de la présence de certaines vedettes. DC/Warner a fait leur annonce de leur programmation de films de superhéros jusqu’en 2021 durant une conférence… d’investisseurs. (Référence) Joey Paur remarque que Marvel ne semble pas embêter les sites/blogues qui éditeront du matériel non officiel alors qu’il raconte avoir reçu plusieurs avertissements de Warner Bros de retirer du matériel qui était protéger par les droits d’auteurs. (Référence)

Je soupçonne que ce respect peut expliquer une certaine indulgence des fans pour les libertés créatives prises par les films sur le matériel original. Par exemple, nous n’avons pas observé de grande polémique sur le web à ce que Tony Stark soit le créateur d’Ultron au lieu d’Henry Pym. Par contre, le web s’est complètement déchainé sur le comportement de Superman dans son plus récent film, Man of Steele. (Référence)

La focalisation de l’entreprise est son second ingrédient. Andrew Wheeler émet une hypothèse très intéressante. Marvel est condamné au succès, car il ne peut pas s’accrocher à d’autres types de films. Il donne les exemples de Warner Bros qui possède les franchises d’Harry Potter, le Hobbit, ou Godzilla, « il y a des gens chez Warner qui n’ont pas à penser à Batman. » (Référence) Pour se démarquer, l’entreprise doit prendre des risques et l’entreprise en a pris de nombreux, citons de mémoire, l’embauche de Robert Downey Jr pour le rôle de Tony Stark alors qu’il était un paria à Hollywood suite à ses problèmes de consommation de drogue, créer un univers cinématographie où l’on retrouve des liaisons entre plusieurs films, développer un space opera avec un raton laveur et un arbre humanoïde comme personnages principaux.

Adam Rogers note que Marvel a la main heureuse dans le choix de ses réalisateurs. Plusieurs de ces derniers ont suffisamment de personnalité pour insuffler une âme à leur production et un égo suffisamment sous contrôle pour accepter que leur œuvre s’insère dans un ensemble plus grand dont ils n’ont pas le contrôle total. (Référence). À cet effet, Feige qui a travaillé sur la production des premiers films de X-men a constaté que les réalisateurs comme Bryan Singer qui viennent du cinéma indépendant ont suffisamment de sensibilité pour développer l’essence des personnages au lieu de miser sur des producteurs qui ont une longue feuille de route dans le domaine du film d’action. Plus récemment, le choix des frères Russo, qui en étaient pourtant à leur première production de grande envergure avec Captain America: The Winter Soldier, s’avérait une autre décision (risquée) heureuse.

Finalement, j’identifierais une dernière clé du succès cinématographique de Marvel, sa structure de production. Typiquement, un studio engage un producteur externe qui assure la réalisation d’un film. Feige a rapidement convenu que cette recette serait la ruine d’un petit studio comme le sien. Il y a donc un comité de créativité qui encadre le processus de production. Ce comité composé de six personnes dont plusieurs proviennent du milieu de comicbook lui-même. Ce qui nous ramène au respect du matériel de base qui inspire la création des films. (Référence)

Il est impossible d’éliminer le facteur chance dans le succès de toute entreprise, mais il demeure que ce même succès ne peut être le fruit du hasard. En ce sens, il demeure des leçons intéressantes à méditer de l’expérience de Marvel.

Par Martin Beaulieu



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