Benoît: un cobaye sympathiquement cru

22
Avr
2015

Des gars «ordinaires», on en rencontre souvent. Ils sont vêtus d’un jean et d’un T-shirt, tout ce qu’il y a de plus commun. Ils sont sympathiques tout en laissant la place aux autres dans les conversations. C’est ainsi que Carl Rocheleau nous présente Benoît, personnage principal qui donne son nom au nouveau roman de la série Cobayes. Nouvellement arrivé dans la grande ville pour faire ses études à l’université, Benoît rencontre une jeune fille colorée en se cherchant un appartement. Se remettant à peine d’un échec amoureux, Benoît se retrouve rapidement sous le charme de cette fée des pinceaux dont l’absence de routine combinée à la liberté l’amène hors des sentiers battus.

C1_Cobayes-Benoit-4_300-dpiLe ton de l’écriture, aussi sympathique que l’auteur, m’a fait sourire à de nombreux endroits. Il a une façon de décrire le quotidien en y ajoutant des comparaisons frappantes sans trop en mettre. Lorsqu’il dépeint le métro en illustrant la couleur du carrelage qui le compose, on SAIT qu’il a déjà subi ce supplice. «Bleu cadavre, jaune vomi, vert hôpital, orange diarrhée.» Quelques mots suffisent à tracer un portrait criant de vérité. Les passages à citer sont si nombreux que ma copie croule sous les marques-pages. Néanmoins, ce fait illustre bien que l’expérience de lecture qui en découle a été des plus agréables.

«Mini a dégagé un coin de la table pour servir le repas. Spaghettis et vin rouge. Plutôt bons, je l’avoue. Les pâtes, en tout cas. Le vin, lui, goûte l’écurie. J’ai l’impression de lécher le cul d’un cheval à chaque gorgée. Pas grave, je mangerais de la cervelle crue pour que cette soirée dure éternellement.»

Cependant, l’intrigue reste un peu dans les classiques. L’éternel vol de bagages lorsqu’on arrive seul dans une nouvelle ville, l’ancienne copine égocentrique, les beaux-parents sévères. J’aurais aimé un peu plus de «punch» par le biais de revirements inattendus. Heureusement, les nombreuses références aux cinéastes connus, la présence du sympathique Westfalia, viennent donner un éclairage chaleureux dont on ne se lasse pas.

Photo_Carl-RocheleauMaîtrisant bien la nature de chacun des personnages qu’il met en scène, Carl Rocheleau maintient l’attention du lecteur page après page. Impossible d’avoir la conscience tranquille tant qu’on ne sait pas où aboutiront les péripéties de ce pauvre Benoît à qui la vie tient tête.  Il est important de noter qu’en choisissant ce roman, il faut prendre conscience que les propos deviennent de plus en plus crus. L’auteur ne mâche pas ses mots. Plus le médicament d’Alphalab fait effet, plus les délires de Benoît sont sadiques. Ne cherchez pas de fleur bleu en ces pages, car vous serez déçu. Toutefois, si vous aimez la cruelle vérité, vous serez servis!

« Dans la salle de bain, je baisse mon jean. Je me visualise en train d’enfoncer l’aiguille dans la cuisse de Mini. Puis, à cette image se substitue celle du visage de l’agente de voyages, que je massacre à grands coups de clavier. Mon pénis est dur comme une barre de fer. Je jouis.»

Bref, dans la catégorie suspense et horreur, Benoît de Carl Rocheleau a sa place. Il mérite même l’une des meilleures. Il est clairement pour un public adulte qui est capable d’en prendre. Comme il ne tombe jamais dans le mélodramatique, le ton reste agréable. L’auteur a ainsi habilement évité le piège du personnage torturé dont la littérature est trop souvent saturée. Encore une fois, chapeau aux Éditions De Mortagne pour cette belle addition à leur série Cobayes.

Titre: Cobayes – Benoît
Auteur: Carl Rocheleau
Éditeur: De Mortagne
Note: 4 étoiles de la mort!
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