OPERA de Dario Argento

12
Juin
2014

 

OPERA aka Terror at the Opera – Dario Argento, 1987, Italie

 

Le jour de la première d’une nouvelle version de l’opéra Macbeth, la diva qui joue Lady Macbeth est victime d’un accident de voiture. Betty la remplace à pied levé, mais elle est très nerveuse. Un maniaque la surprend régulièrement, l’attache et la force à regarder ses meurtres, étrangement, il coupe ses liens pour qu’elle puisse s’enfuir rapidement. Elle n’ose parler à la police, paralysée par les visions d’événements semblables qui sont des souvenirs d’incidents ou des rêves de sa jeunesse. Le metteur en scène de l’opéra, réalisateur de films d’horreur, l’aide à attraper le tueur, à moins que ce ne soit lui, le tueur ?

 

J’ai longtemps regardé Trauma, Stendhal Syndrome et Phantom of the Opera comme une trilogie, je suis maintenant obligé de placer Opera au début de cette série qui débute par un film ou l’amour ne peut exister, comme l’explique Argento lui-même. Car au delà des meurtres sordides d’Opera, la protagoniste et sa vision du monde sont en rapport direct avec le déroulement du scénario. Parce que le sida est arrivé et frappe le monde, Argento nous arrive avec une femme frigide, incapable d’aimer, entourée de perversions qui sont le résultat direct d’un univers ou l’empathie est disparue. Que l’on se rappelle de l’univers visuel dans lequel évolue Jessica Harper dans Suspiria directement relié au sujet du film. La ville dans laquelle elle débarque est empreinte de sorcellerie, le paysage onirique, le paysage mental, le paysage ésotérique ne sont qu’un.

 

Si dans son précédent film, Phenomena, Jennifer Connelly joue une jeune femme qui s’entend mieux avec les insectes qu’avec les humains, elle aime la vie. Dans Opera, Chistina Marsillach, de par son passé trouble qu’elle a refoulé, ne peut avoir une relation normale avec les gens qui l’entourent. Dans Trauma, Asia Argento jouera une anorexique également incapable de s’accepter ou d’accepter l’amour que lui voue un étranger. Ce sera pire dans Stendahl, lorsque le personnage d’Asia, affecté par le syndrome de Stendahl et violée deviendra une tueuse à son tour. Finalement, tragiquement, dans P.O.T.O. Asia joue une jeune chanteuse, qui renvoie directement au personnage de Betty dans Opera, qui sera partagée entre l’amour de deux hommes. La mort du Fantôme, dramatique, laisse toutefois la femme dans une position ou, enfin, on peut envisager qu’elle refera sa vie avec son autre homme. Argento enchaînera donc avec Non Oh Sonno, un Giallo qui retourne à ses anciennes amours, ayant évacué ce démon, absent de films tel Profondo rosso, ou Daria Nicolodi courtise à qui mieux mieux un David Hemmings  dont on imagine facilement qu’il lui succombera après la fin de cette histoire …

 

Car Argento ne se regarde pas et ne s’apprécie pas particulièrement pour la structure logique de ses scénarios. Ses films sont souvent construits comme de longs cauchemars. Les réactions des personnages se justifient mal. Pourquoi, dans Opera, Betty ne se confie pas immédiatement à la police pour avoir sa protection, car le tueur s’est bien enfuit en l’avertissant qu’il la retrouverait en tout temps, en tout lieu ? Ses réactions se justifient mal dans un scénario ou le réalisme prime, mais dans un univers onirique, après un traumatisme, le rêveur va plutôt se retrouver rapidement dans un autre lieu. La séquence finale, par exemple, change de décor complètement, rappelant les montagnes de Phenomena, et le dernier plan ou Betty dégage un lézard coincé, optimiste selon Argento, renvoie directement à Profondo Rosso ou la jeune fille a épinglé un lézard, présage et avertissement que le mal est présent chez l’homme dès l’enfance, une constance chez Argento. Dans cette séquence également, les policiers semblent arriver de nulle part et repartent immédiatement, laissant Betty errer immédiatement dans le paysage bucolique, d’une manière outrageuse pour un film réaliste, d’une manière naturelle pour un film onirique.

 

Qu’Argento aie contemplé une fin ou Betty s’enfuit main dans la main avec le tueur surprend, mais Argento prétends que les tueurs dans ses films ont souvent la sympathie du public, ayant des raisons indépendantes de leur volonté pour expliquer leur déviance. Ils ont régulièrement des traumatismes à l’enfance, comme le tueur de Profondo rosso et celui, plus âgé d’ Opera. Dans Opera, c’est Betty qui a été traumatisée dans son enfance.

 

Il y a beaucoup à découvrir sur Argento en regardant ses films non pas seulement comme des entités individuelles, mais en tant que de multiples pièces qui forment l’ensemble cohérent de son œuvre, ce qui réhabilite son Fantôme de l’opéra, particulièrement.

 

Opera est donc une pièce maîtresse dans la filmographie de Dario Argento. Mario Giguère

OperaDA

 



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