GIALLO – DARIO ARGENTO

17
Sep
2015

GIALLO – Dario Argento avec Adrian Brody, Emmanuelle Seigner, Elsa Pataky, Byron Deidra,  2009, États Unis/Italie, 92m

Malgré un générique qui débute en désignant Dario Argento comme scénariste et réalisateur, il a au mieux retravaillé, ce qui est fort probable, le texte de deux scénaristes américains. Qui plus est, des producteurs américains sont derrière le film et contrairement à la série MASTERS OF HORROR, il semble qu’ils aient eu un contrôle déterminant au niveau du montage et de la musique, refusant le choix du réalisateur italien. C’est donc avec plusieurs appréhensions, loin de ses productions complètement italiennes, que GIALLO s’aborde. Qui plus est, le titre très référentiel n’annonce pas tout à fait la couleur. Si le scénario regorge de références à l’oeuvre d’Argento, le terme est relié à un indice permettant d’attraper le tueur en série. Une justification à des lieues des approches pseudo scientifiques ou paranormales préférées de l’auteur. C’est donc un scénario hommage qui s’inspire des films précédents du maître du Giallo tout en se voulant plus nihiliste que ses derniers longs métrages.

Une jolie mannequin est kidnappée par un tueur en série qui les prend dans son taxi et les emmène dans un endroit isolé pour les mutiler jusqu’à ce que mort s’en suive. On suit la soeur de la dernière victime qui réclame en vain que la police s’occupe de sa disparation. Elle rencontre malgré tout l’inspecteur chargé de cette affaire sordide, pas connue des médias car le tueur choisit des femmes sans famille ou liens et de préférence étrangères. Cet inspecteur qui grilles les cigarettes à une vitesse phénoménale est tout aussi perturbé que le tueur, tous les deux ayant eu des traumatismes dans leur jeunesse. D’ailleurs presque tous les personnages sont névrosés, hors-norme, comme ce mannequin, qui n’a jamais eu de petit copain, sa soeur ne sachant pas trop pourquoi… ? Curieux passage sans réaction de l’inspecteur, qui devrait pourtant se poser quelques questions. Idem pour sa froideur devant la femme qui lui demande de passer la nuit avec elle, encore traumatisée par tout ce que l’inspecteur lui a montré. Un refus sans suite. Ces personnages semblent tout droit sortis d’OPERA, ou l’amour, au temps de la découverte du sida, n’était guère possible. Évidemment qu’une scène de rapprochement aurait été un cliché, mais plus aucune mention.

Il règne donc tout le long un climat de tension macabre qui de toute évidence devrait déboucher sur une fin hautement dramatique. Sans évidemment en dévoiler la nature, je reste perplexe devant les choix scénaristiques et cette fin abrupte et ce faux épilogue positif semblent de la manipulation de producteurs qui ont tenté de normaliser un film trop différent.

En ce sens on apprécie le film pour ce qu’il est, une descente dans l’enfer d’un tueur mais aussi d’un inspecteur, incapables d’exorciser leur passé. Là aussi le scénario se démarque des films antécédents d’Argento, en ce que la femme n’y est pas le personnage central, les soeurs étant presque des faire valoir, des accessoires scénaristiques pour faire parler ces hommes troublés. Si on remonte à Profondo Rosso, le traumatisme à l’enfance n’était présent que chez le meurtrier. Ce jeu de miroir  nous pousse au début à croire pratiquement que le tueur et celui qui le recherche ne font qu’une personne, une affirmation pratiquement lancée, psychologiquement parlant, plus tard. La question est posée par ce scénario: qui est vraiment le monstre, se cache-t-il en chacun de nous ? Là on rejoint les préoccupations de THE CAT O NINE TAILS et son centre de recherches pour trouver l’aberration génétique qui crée des tueurs.

La caméra est très mobile et encore une fois très hypnotisante dans son va et vient parfois curieux entre les personnages et le décor. Sans avoir de morceau de bravoure, sa scène mythique, GIALLO a la griffe de son metteur en scène, plus sobre, le sujet s’y prête, le tournage somme toute rapide comme un épisode télévisé ne permettant guère les extravagances du passé.

Aura-t-on la chance de voir un jour un montage du directeur ou est-ce que les producteurs vont encore, comme trop souvent pour Argento, s’approprier le film ? Tel quel il s’apprécie et il frappe le spectateur et demeure une autre pièce de l’oeuvre de Dario Argento qu’il fait bon découvrir. Mario Giguère

 

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