Dans l’antre de «La Horde»

20
Juil
2014

Lors des évènements littéraires, il arrive que nous fassions de belles rencontres. Dave Côté, auteur émergent qui se spécialise dans la littérature de l’imaginaire entrerait dans cette catégorie. Ne reculant devant rien, La Horde Geek l’a donc rencontré pour pousser l’aventure un peu plus loin. Voici ce qui en a résulté.

ligne yeux

 

Tu as choisi le fantastique comme genre littéraire. Qu’est-ce qui t’a poussé vers ce style plutôt marginal ici au Québec?
J’ai toujours senti un appel vers l’originalité. Ç’a toujours été comme ça que je me définis et c’est important pour moi de ne pas avoir l’impression de marcher dans un sentier déjà battu d’avance, du moins pas trop. C’est aussi pour la liberté que ça me donne.

Pour ce qui est du genre fantastique, j’aime beaucoup prendre des évènements étranges et le mettre dans notre univers à nous. J’ai l’impression que c’est encore plus dépaysant que d’aller dans un univers qui n’a rien à voir avec le nôtre. Prendre la vie quotidienne du lecteur et y insérer un truc complètement farfelu a selon moi un impact très puissant. Mes personnages vivent l’histoire sans que j’explique le «comment» ou le «pourquoi». Je trouve que le bizarre et l’étrange sont plus puissants lorsqu’on ne les comprend pas. C’est aussi quelque chose que j’aime lire. On vit une expérience inexpliquée, différente, même déstabilisante. Ça ouvre la porte à des situations ou des conflits originaux. Par exemple, dans Vortex, j’aborde l’inceste dans le deuxième niveau de lecture du texte. C’est une thématique connue, mais je l’explore à ma façon. Ce n’est pas une histoire d’inceste, mais j’aborde le sujet malgré tout à travers les émotions ainsi que l’imaginaire.

M. Gâteau parle d’une partie de moi qui a peur des conflits avec les autres et qui s’arrange toujours pour être gentil. Il a peur d’être mangé donc il ne veut surtout pas déplaire et attirer l’attention.

En ce moment, le modèle du «sportif qui réussit en affaire» est amplement véhiculé. Qu’aurais-tu à dire à ceux qui ne s’identifient pas à ce type de personnalité? À travers tes écrits, comment arrives-tu à les rejoindre?
C’est pour eux que j’écris! Je m’adresse à un public qui me ressemble, du moins quand j’étais plus jeune, où je cherchais avec un appétit vorace la différence et la nouveauté. Dans mon Lac-Saint-Jean natal, la culture n’était pas autant mis de l’avant qu’à Montréal. Le parascolaire me nourrissait beaucoup. Quand je trouvais quelque chose de différent comme La tour sombre de Stephen King, qui se passe dans un univers épique, romantique et magique, ça me faisait tellement de bien! Je crois que c’est un peu ça qui m’a motivé à écrire. Ceux qui comme moi ont soif de ça auront peut-être la possibilité de tomber sur un de mes trucs, un jour, et de trouver ça rafraîchissant. C’est cette faim de nouveauté qui m’a amené à quitter le Lac-Saint-Jean pour la métropole.

J’y venais déjà à l’occasion, comme pour les Congrès Boréal, c’est d’ailleurs ces expériences positives qui m’ont donné la piqûre de l’écriture. J’ai reçu une mention spéciale à ma première participation à leur concours d’écriture sur place, ça m’a beaucoup encouragé. Je me suis fait remarquer. C’est en grande partie grâce au texte écrit sur place que j’ai pu me faire publier dans Brins d’éternité. Dans le fond, à chaque fois que je me retrouvais à Montréal, je vivais de belles choses. J’ai eu l’occasion, entre autres, de travailler sur l’écriture d’un scénario pour une série avec un ancien prof de l’université qui habite ici. Des contacts si bons que j’ai eu le goût que ça continue, donc vivre à Montréal allait de soi.

Faisais-tu des jeux de rôle à cette époque?
En fait, c’est arrivé quand même tard dans ma vie. C’est des amis qui étaient eux-mêmes surpris que je ne connaisse pas ça qui m’ont fait découvrir les jeux de rôle. Au début, je n’ai pas vraiment accroché, mais plus tard, j’ai eu une idée d’histoire de campagne. Je me suis alors dit : «La seule façon que j’ai de la vivre, c’est de la faire jouer à d’autres joueurs». J’ai donc commencé à être MD (maître de Donjon / Donjon Master) comme je le pouvais. À la longue, j’y ai pris goût. J’ai inventé des montres et des sorts.Je n’utilisais pas des règles officielles à l’époque. J’avais une partie dans un univers contemporain semblable au nôtre qui s’appelait EVO où les gens étaient mutants et il y avait des changements qui se produisaient de façon aléatoire sur leur corps. Les joueurs subissaient ces mutations. Il y a eu aussi Spiri, où les joueurs avaient des créatures qu’ils pouvaient modifier à leur gré.

Dans un environnement aussi contingenté, quel est ton truc pour te garder déterminé, motivé?
C’est la volonté de progresser. Chaque étape franchie me redonne du courage. Au début, les commentaires positifs n’arrivent pas souvent, mais ils sont extrêmement motivants. C’est agréable de constater qu’on s’améliore. Pas seulement à travers le regard des autres, mais aussi au sien propre.

Si tu rencontrais le «jeune toi», que lui dirais-tu?
1-     Passe à l’action. Écris. Ne te contente pas d’en rêver. Il faut juste se dire : «au lieu d’écouter des épisodes de telle série ce soir, j’écris». Il faut décider d’être discipliné et le faire. Et ne va pas dire que tu ne veux pas être influencé par les autres. C’est n’importe quoi. Une idée, c’est comme une brique. Si tu prends juste tes idées, tu vas pouvoir construire certains trucs. Mais si tu prends de nouvelles briques qui viennent d’ailleurs, tu vas pouvoir construire des choses beaucoup plus complexes avec. En lisant, tu nourris ton imaginaire. Les idées vont s’entremêler pour en créer de nouvelles qui t’appartiennent à 100%. Donc c’est important de consommer de l’imaginaire, de trouver ce qu’on aime. Néanmoins, ce qui est le plus important c’est d’écrire en commençant par des nouvelles. Au début, on me disait souvent de ne pas commencer par les romans. Dans mon orgueil, je n’ai pas écouté. Ce n’était pas grave en soi, sauf que j’aurais progressé beaucoup plus vite en écrivant des nouvelles. Tu gagnes pratiquement autant de XP (expérience pour les non-geeks) en écrivant une nouvelle qu’un roman, sauf que ça prend beaucoup moins de temps. La nouvelle a à peu près les mêmes structures de base qu’un roman (personnage, construction du récit, etc.) alors tes problèmes sont plus faciles à régler, parce que moins volumineux! Donc c’est plus rentable et plus efficace. Et c’est aussi plus facile à publier, c’est encourageant, car tu as l’impression d’avancer.
2-     Aie confiance, autant en toi et qu’en les autres. Les contacts sont très importants dans ce milieu. Leurs conseils seront toujours précieux.

T’inspires-tu parfois des jeux vidéo?
Involontairement, probablement. J’essaie pourtant d’éviter, car dans le milieu ça ne fait pas très bonne impression. Ça fait amateur. Parfois je vais me permettre des clins d’œil comme dans l’histoire dont vous êtes le héros qui va être publiée aux éditions Les Six Brumes, 6, chalet des brumes. Dans un cadre absurde, ça passe, mais pas dans un texte sérieux.



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