Grand évènement « Gladiator »

14
Mar
2015

Le 21 et 22 février passé a eu lieu une expérience musicale cinématographique à la Place des arts de Montréal : une projection du film Gladiator sur écran géant, dans toute sa splendeur haute-définition, son dialogue captivant, et—attention!—une performance symphonique en direct de la trame sonore entière sous la direction de Justin Freer. Du bonbon pour les amateurs de musique de film et les amants de Hans Zimmer! Il y a si peu de concerts pour nous autres, fans!

Mais peut-on vraiment parler d’un concert? Faisons fi des toussotements, du gars derrière vous qui fait grincer son siège et des commentaires de la matante trois rangées devant qui ne cesse de se demander : « Le violoncelliste, il pogne-tu des crampes à la laine, tu penses? » Non, là n’est pas la question, puisque cette pollution auditive est un problème normal de tout concert. Par contre, en ce qui concerne cette performance de Gladiator, est-ce normal que l’orchestre, pourtant la star de l’évènement, se fasse livrer compétition par les cris de bataille, les effets sonores retentissants, et Russel Crowe qui s’égosille : « ARE YOU NOT ENTERTAINED? »

Soyons précis avec nos mots : il s’agit bien ici d’une expérience cinématographique à caractère musical, et non pas d’un concert. Et pourquoi ne pas simplement donner le premier plan à l’orchestre et éliminer l’élément « projection du film » entièrement? Pourquoi le film pour lequel la musique a été composée est-il si intimement lié à cette musique? Après tout, on ne verrait pas cela dans d’autres formes d’art.

Verrait-on, par exemple, une galerie d’art avec des gigantesques logos de « DeSerres » collés par-dessus la peinture pour nous rappeler le manufacturier des toiles?

S’attendrait-on à ouvrir le boîtier d’un album dubstep pour trouver le disque accompagné des pilules GHB qui iront avec le rave que cette musique agrémentera?

Les sculptures de glace du Carnaval de Québec, devront-elles dorénavant être à base de caribou plutôt que d’eau, pour nous rappeler la véritable nature du carnaval pour lesquelles elles sont construites?

La raison pour laquelle Gladiator ne peut se défaire de son film est tout simplement la suivante : c’est cette projection qui remplis les sièges. Un simple concert de musique de film aurait de la difficulté à remplir le sous-sol de l’église de La Tuque, encore moins la Place des arts de Montréal. Triste réalité de cet art toujours si mal-aimé.

Et pourtant, une présentation de Gladiator où la musique est le seul élément en direct donne un arrière goût d’évènement théâtral inachevé. On peut y lire entre les lignes : « Venez vivre l’expérience Gladiator! Orchestre jouant la musique en direct! On a essayé d’avoir les acteurs, mais, euh… Joaquin Phoenix était occupé à se faire une mise en pli. Et on a essayé d’avoir des fauves de cirque sur scène mais ça commençait à nous coûter cher de trompettistes. »

Messieurs les promoteurs, si vous voulez nous offrir une expérience en direct du film entier, c’est tout ou rien. Tout : une reproduction théâtrale avec acteurs, décors et musique. Ou rien : vous éliminez l’aspect visuel complètement et nous présentez un vrai concert pur et simple, sans images, sans effets sonores, et sans dialogue. Imaginons ceci.

« Are you not entertained? » nous crie Russel Crowe. Si seulement on pouvait lui répondre.

 

Source de l’image à la une: Affiche officielle du film.


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