Solaris195-255x400Bien que l’été tire à sa fin, les adeptes de la littérature de l’imaginaire se réjouissent de recevoir enfin l’édition du Solaris d’été 2015 tant attendue. Le délai, fort compréhensible, est dû au dernier voyage du très regretté Joël Champetier. L’univers de la littérature de l’imaginaire au Québec en a particulièrement été affecté, car ce dernier, autant pilier de la revue Solaris que du très couru Congrès Boréal, a laissé un héritage incomparable. Si vous n’avez pas eu le privilège de partager un moment de rire ou d’humanité en compagnie de ce grand homme, vous pourrez tout de même avoir un aperçu de l’âme exceptionnelle qu’il était en lisant les témoignages qui sont présentés dans ce numéro spécial. Soulignons, ici, l’agréable prose d’Élizabeth Vonarburg qui nous y offre un hommage digne de ce nom. Et que dire de la couverture d’Emilie Léger! Elle nous offre encore une oeuvre d’un esthétisme contemporain remarquable qui fait honneur à ce recueil de littérature de l’imaginaire.

Pour ce qui est des nouvelles littéraires, la revue Solaris est restée fidèle à la qualité de ses œuvres. Les puristes de la science-fiction seront servis avec le texte de Jean-Louis Trudel, Garder un phénix en cage. Le thème y est abordé de façon aussi originale que possible, mais l’attention est de mise. Cet auteur démontre à nouveau un haut niveau intellectuel dans ses entrelacements littéraires qui mêleront peut-être certains lecteurs moins aguerris. Néanmoins, l’intrigue est au rendez-vous.

«Ai-je pensé au jeu du suicide? À son insupportable slogan : «Choisir sa mort pour mieux revivre»? À l’époque, j’étais sceptique. Les Terriens se moquent des coutumes martiennes, mais ils en ont de plus curieuses encore. Jeter son passé à la poubelle? Se payer des souvenirs synthétiques au lieu de s’inventer, comme tout le monde, une existence virtuelle juste assez masturbatoire pour que l’on conserve le goût de vivre? Quand j’ai changé de camp, je l’ai fait à visage découvert en acceptant d’en goûter l’amertume.»

Jean-Louis Trudel, Garder un phénix en cage.

Toujours du côté de la science-fiction, Resort de Hugues Lictevout, a largement dépassé nos attentes. Une trame bien ficelée dans une dystopie agréablement réaliste. En abordant la peine de mort avec doigté, l’auteur réussit même à nous faire voir la dérision d’une société poussée dans ce sens. Un vrai bonbon de SF!

« Si vous acceptez les caméras, a dit le juge, vous ne serez pas torturé avant votre exécution.

Alors j’ai dit que c’était «OK». Ils pourraient me filmer comme ils le voulaient. J’ai dû signer un document d’abandon de mon droit à l’image. J’avais perdu les autres, pourquoi hésiter?»

Huges Lictevout, Resort.

Du côté fantastique, L’Héritage de Sylvain Lamur a aussi sa part de noblesse. Le déroulement d’un scénario qui aurait pu tomber dans le cliché a brillamment été évité par l’auteur. Certains seront même surpris d’y sourire un brin. Naturellement, la talentueuse Geneviève Blouin apporte une magnifique couleur à ce numéro d’été de Solaris. L’Enchanteresse portait des Levi’s aborde la mythologie grecque d’une façon savoureusement différente où l’auteure nous plonge dans une enquête surnaturelle palpitante.

Néanmoins, notre coup de cœur ira incontestablement au Testament d’une encloustrée de Martyne Pigeon. L’éloquence conjuguée à la justesse de ses descriptions donne un magnétisme insoupçonnable au récit. Sans compter cette façon inusitée d’aborder la légende de la Corriveau! Nous ayant plutôt habitué à des textes s’adressant à la jeunesse, nous avons été enchantés de la voir s’aventurer aussi habilement sur les sentiers du fantastique.

«Mon père m’a toujours appris à agir avec dignité de sorte à ce que Jésus ne trouve rien à redire de moi. Bon, c’est sûr que tuer son mari, ce n’est pas très digne. Mais c’est au bon Dieu d’en juger, à Lui seul. Un gros cochon qui préfère torturer sa femme pendant sa nuit de noces et terroriser trois petits enfants, ça ne mérite pas de vivre, dans mon livre à moi!»

Martyne Pigeon, Testament d’une encloustrée

Finalement, l’article de Mario Tessier sur le design de science-fiction vient ajouter une plus-value intellectuelle à la revue. Les nombreuses références pertinentes de ce sujet peu abordé sauront plaire aux amateurs du genre. C’est donc un numéro incroyablement intéressant. Si vous ne l’avez pas déjà reçu, nous vous suggérons fortement de vous le procurer chez votre libraire, car lorsque le tirage sera épuisé, plusieurs se mordront les doigts de n’avoir pas pu mettre la main sur cette petite perle de littérature de l’imaginaire!



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